van Gogh's letters - unabridged and annotated
 
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Letter from Vincent van Gogh to Theo van Gogh
Auvers-sur-Oise, 10 July 1890
Relevant paintings:


"Old vinyard with peasant woman," Vincent van Gogh
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Mon cher Théo et chère Jo,

De ces premiers jours-ci, certes j'aurais dans des conditions ordinaires espéré un petit mot de vous déjà.

Mais considérant les choses comme des faits accomplis - ma foi - je trouve que Théo, Jo et le petit sont un peu sur les dents et d'ailleurs moi aussi suis loin d'être arrivé à quelque tranquillité.

Souvent, très souvent je pense à mon petit neveu - est-ce qu'il va bien ? Jo voulez-vous me croire - si cela vous arrive de nouveau ce que j'espère, d'avoir encore d'autres enfants - ne les faites pas en ville, accouchez à la campagne et restez-y jusqu'à ce que l'enfant ait 3 ou 4 mois. A présent il me semble que l'enfant n'ayant encore que 3 mois; déjà le lait devient rare, déjà vous êtes,comme Théo,fatiguée trop. Je ne veux pas dire du tout éreintée, mais enfin les ennuis prennent trop de place, sont trop nombreux et vous semez dans les épines.

C'est pourquoi que je vous donnerais à penser de ne pas aller en Hollande cette année-ci, c'est très, très coûteux toujours le voyage, et jamais cela a fait du bien. Si, cela fait du bien si vous voulez à la mère, qui aimera à voir le petit - mais elle comprendra et préférera le bien-être du petit au plaisir de le voir.

D'ailleurs elle n'y perdra rien, elle le verra plus tard. Mais - sans oser dire que ce soit assez - quoi qu'il en soit, il est certes préférable que père, mère et enfant prennent un repos absolu d'un mois à la campagne.

D'un autre côté, moi aussi, je crains beaucoup d'être ahuri et trouve étrange que je ne sache aucunement sous quelles conditions je suis parti - si c'est comme dans le temps à 150 par mois en trois fois. Théo n'a rien fixé et donc pour commencer je suis parti dans l'ahurissement.Y aurait-il moyen de se revoir encore plus calme - je l'espère, mais le voyage en Hollande je redoute que ce sera un comble pour nous tous.

Je prévois toujours que cela fait souffrir l'enfant plus tard d'être élevé en ville. Est-ce que Jo trouve cela exagéré, je l'espère, mais enfin je crois que pourtant il faut être prudent.

Et je dis ce que je pense, parce que vous comprenez bien que je prends de l'intérêt à mon petit neveu et tiens à son bien-être; puisque vous avez bien voulu le nommer après moi, je désirerais qu'il eût l'âme moins inquiète que la mienne, qui sombre.

Parlons maintenant du Dr Gachet. J'ai été le voir avant-hier, je l'ai pas trouvé.

De ces jours-ci je vais très bien, je travaille dur, ai quatre études peintes et deux dessins.

Tu verras un dessin d'une vieille vigne avec une figure de paysanne. Je compte en faire une grande toile.

Je crois qu'il ne faut aucunement compter sur le Dr Gachet. D'abord il est plus malade que moi à ce qu'il m'a paru, ou mettons juste autant, voilà. Or lorsqu'un aveugle mènera un autre aveugle, ne tomberont-ils pas tous deux dans le fossé ?

Je ne sais que dire. Certes, ma dernière crise, qui fut terrible, était due en considérable partie à l'influence des autres malades, enfin la prison m'écrasait et le père Peyron n'y faisait pas la moindre attention, me laissant végéter avec le reste corrompu profondément.

Je peux avoir un logement, 3 petites pièces à 150 francs par an. Cela, si je ne trouve pas mieux, et j'espère trouver mieux, en tout cas est préférable au trou à punaises chez Tanguy et d'ailleurs j'y trouverais un abri moi-même et pourrais retoucher les toiles, qui en ont besoin. De telle façon les tableaux s'abîmeraient moins et en les tenant en ordre la chance d'en tirer quelque profit augmenterait. Car - je ne parle pas des miennes - mais les toiles Bernard, Prévot, Russell, Guillaumin, Jeannin, qui étaient égarées là, c'est pas leur place.

Or des toiles comme celles-là - encore une fois des miennes je ne parle pas - c'est de la marchandise, qui a et gardera une certaine valeur et la négliger c'est une des causes de notre gêne mutuelle.

Cela m'attriste bien un peu de avoir insister sur ce que tu m'envoies une partie au moins du mon mois dès la commencement. Mais je ferai encore mon possible de trouver que tout va bien.

I1 est certain, je crois que nous songeons tous au petit, et que Jo dise ce qu'elle veut. Théo comme moi j'ose croire se rangeront à son avis. Moi je ne peux dans ce moment que dire que je pense qu'il nous faut du repos à tous. Je me sens - raté. Voilà pour mon compte - je sens que c'est là le sort que j'accepte et qui ne changera plus.

Mais raison de plus, mettant de côté toute ambition, nous pouvons des années durant vivre ensemble sans nous ruiner de part ou d'autre. Tu vois qu'avec les toiles qui sont encore à Saint-Rémy, il y en a au moins 8 avec les 4 d'ici, je cherche à ne pas perdre la main.Cela c'est absolument pourtant la vérité, c'est difficile d'acquérer une certaine facilité de produire et, en cessant de travailler, je la perdrais bien plus vite et plus facilement, que cela m'ait coûté de peines pour y arriver. Et la perspective s'assombrit, je ne vois pas l'avenir heureux du tout.

Écris-moi par retour, si tu n'as pas encore écrit, et bonnes poignées de main en pensée, j'espérerais qu'il y eût une possibilité de se revoir bientôt à têtes plus reposées.

Vincent


At this time, Vincent was 37 year old
Source:
Vincent van Gogh. Letter to Theo van Gogh. Written 10 July 1890 in Auvers-sur-Oise. Translated by Robert Harrison, edited by Robert Harrison, number 648.
URL: https://www.webexhibits.org/vangogh/letter/21/648-fr.htm.

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