van Gogh's letters - unabridged and annotated
 
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Letter from Vincent van Gogh to Theo van Gogh
Arles, 30 January 1889
Relevant paintings:


"Still Life: Vase with Fourteen Sunflowers," Vincent van Gogh
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"Marcalle Roulin," Van Gogh 1888
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"La Berceuse (Augustine Roulin)," Vincent van Gogh
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"La Berceuse (Augustine Roulin)," Vincent van Gogh
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"Three Sunflowers in a Vase," Vincent van Gogh
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"Still Life: Vase with Five Sunflowers," Vincent van Gogh
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"La Berceuse (Augustine Roulin)," Vincent van Gogh
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Mon cher Theo,

Tout en n'ayant rien de bien bien imprévu à te raconter, j'y tiens néanmoins à te faire savoir que lundi passé j'ai revu l'ami Roulin. Il y avait d'ailleurs un peu de quoi, la France tout entière ayant frémi. Certes à nos yeux à nous l'élection et ses résultats et ses représentants ne sont que symboles. Mais ce qui est une fois de plus prouvé c'est que les ambitions et gloires mondaines s'en vont, mais que, jusqu'à présent, le battement du coeur humain demeure le même, et en rapport autant avec le passé de nos pères enterrés, qu'avec la génération à venir.

J'ai eu ce matin une bien amicale lettre de Gauguin, à laquelle sans tarder j'ai répondu. Lorsque Roulin est venu j'avais juste fini la répétition de mes tournesols, et je lui ai montré les deux exemplaires de la berceuse entre ces quatre bouquets-là.. Roulin te donne bien le bonjour.

Il avait assisté dimanche à Marseille à la manifestation de la foule à l'heure où le résultat des élections était télégraphié de Paris. Marseille comme Paris a été ému jusqu'au fond des fonds des entrailles du peuple tout entier et taciturne.

Eh bien! qui est-ce qui osera maintenant commander feu à n'importe quel canon, mitrailleuse ou fusil Lebel, alors que tant de coeurs sont tout donnés d'avance pour servir de bouchons aux canons? D'autant plus que certes les victorieux politiques de ce grand jour d'aujourd'hui, Rochefort et Boulanger, d'un commun accord ambitionneront plutôt le cimetière que n'importe quel trône. Enfin telle était notre conception de l'événement, non seulement de Roulin et de moi, mais de bien d'autres. Nous étions bien émus quand même. Roulin me disait qu'il avait presque pleuré en voyant cette foule marseillaise silencieuse, et qu'il n'était revenu à soi que lorsqu'en se retournant il voyait derrière lui de très, très vieux amis, qui hésitaient à le reconnaître par un grand hasard. Alors ils ont été souper ensemble jusqu'à tard dans la nuit.

Tout en étant très fatigué il n'avait pas pu résister au désir de venir à Arles pour revoir sa famille, et tombant presque de sommeil et tout pâle il est venu nous serrer la main. Je pouvais justement lui montrer les deux exemplaires du portrait de sa femme, ce qui lui faisait plaisir.

Tout le monde ici est bon pour moi dans les voisins, etc., bon et prévenant comme dans une patrie.

Je sais déjà que plusieurs personnes d'ici me demanderaient des portraits s'ils osaient les demander. Roulin, tout pauvre diable et petit employé qu'il est, étant très très estimé ici, on a su que j'avais fait toute sa famille.

Mon cher frère, dans la suite, nous pourrons certes encore tomber dans la souffrance, dans les erreurs, dans le malheur, je ne dis pas non. Mais nous aurons toujours travaillé dans ce 89-ci avec les Français que nous aimons tant, comme, de leur côté aussi, tils nous font sentir la patrie. Or cela, c’est toujours cela de vécu.

Ne parle pas à ta fiancée de cette affaire entre nous. Laisse moi, ainsi que je l’ai demandé, travailler jusqu’au dernier mars. Et d’ici là j’aurai fait quelques toiles d’impressionnistes, allez.

J'ai mis aujourd'hui une 3me berceuse en train. Je sais bien que ce n'est ni dessiné ni peint aussi correctement que du Bouguereau, ce que je regrette presque, ayant le désir d'être correct sérieusement. Mais cela n'étant donc fatalement ni du Cabanel, ni du Bouguereau j'espère pourtant que cela soit Français.

Il a fait aujourd'hui un temps magnifique sans vent, et j'ai tellement le désir de travailler que j'en suis épaté, n'y ayant plus compté.

Bonne poignée de main aussi à De Haan et Isaäcson, j'attendrai ta lettre le plus tôt possible après le 1er février,

t à t, Vincent


At this time, Vincent was 35 year old
Source:
Vincent van Gogh. Letter to Theo van Gogh. Written 30 January 1889 in Arles. Translated by Robert Harrison, edited by Robert Harrison, number 575.
URL: http://webexhibits.org/vangogh/letter/19/575-fr.htm.

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