van Gogh's letters - unabridged and annotated
 
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Letter from Vincent van Gogh to Theo van Gogh
Arles, c. 14 March 1888
Relevant paintings:


"Langlois Bridge at Arles with Women Washing," Vincent van Gogh
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"Gleize Bridge over the Vigueyrat Canal," Vincent van Gogh
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"Avenue of Plane Trees near Arles Station," Vincent van Gogh
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Mon cher Theo,
Je te remercie beaucoup de ta lettre, sur laquelle je n'avais même pas osé compter si vite pour ce qui est du billet de 50 fr. que tu y as ajouté.
Je vois que tu n'as encore de réponse de Tersteeg, je ne vois pas la nécessité d'insister de notre côté par une nouvelle lettre, toutefois si tu aurais quelque affaire officielle à traiter avec la maison B. V. & & Co. La Haye, tu pourrais dans un P. S. faire sentir, que tu sois plus ou moins étonné de ce qu'il ne t'aie point fait savoir qu'il a reçu la lettre en question.
Pour ce qui est du travail, j'ai rapporté une toile de 15 aujourd'hui, c'est un pont-levis sur lequel passe une petite voiture, qui se profile sur un ciel bleu - la rivière bleue également, des berges orangées avec verdure, un groupe de laveuses aux caracos & bonnets barriolés..
Puis autre paysage avec un petit pont rustique & laveuses également.
Enfin une allée de platanes près de la gare. En tout, depuis que je suis ici, 12 études.
Le temps est variable, souvent du vent & des ciels brouillés, mais les amandiers commencent à fleurir généralement. En somme je suis bien content que les tableaux soient aux Indépendants. Tu feras bien d'aller voir Signac chez lui, j'étais bien content de ce que tu écrivais dans ta lettre d'aujourd'hui qu'il a fait sur toi une impression plus favorable que la première fois. Dans tous les cas cela me fait plaisir de savoir qu'à partir d'aujourd'hui tu ne seras pas seul dans l'appartement.
Dis bien le bonjour à Koning de ma part. Est ce que ta santé est bien ?
J'ai de la compagnie le soir, puisque le jeune peintre Danois, qui est ici, est très bien; son travail est sec, correct et timide, mais je ne déteste pas cela lorsque l'individu est jeune et intelligent. Il a dans le temps commencé des études de médecine; il connaît les livres de Zola, de Goncourt, Guy de Maupassant, et il a assez d'argent pour se la couler douce. Avec cela un désir très sérieux de faire autre chose que ce qu'il fait actuellement.
Je crois qu'il ferait bien de différer son retour dans son pays d'un an ou de revenir après une courte visite à ses concitoyens.
Mais, mon cher frère, tu sais je me sens au Japon - je ne te dis que cela et encore je n'ai encore rien vu dans la splendeur accoutumée.
C'est pourquoi (tout en étant chagriné de ce que actuellement les dépenses sont raides et les tableaux des non-valeurs) c'est pourquoi je ne désespère pas d'une réussite de cette entreprise de faire un long voyage dans le Midi.
Ici je vois du neuf, j'apprends, et étant traité avec un peu de douceur, mon corps ne me refuse pas ses services.
Je souhaiterais pour bien des raisons pouvoir fonder un pied-à-terre, qui en cas d'éreintement, pourrait servir à mettre au vert les pauvres chevaux de fiacre de Paris, qui sont toi-même et plusieurs de nos amis, les impressionnistes pauvres.
J'ai assisté à l'enquête d'un crime, commis à la porte d'un bordel ici; deux Italiens ont tué deux zouaves. J'ai profité de l'occasion pour entrer dans un des bordels de la petite rue, dite “des ricolettes.”
Ce à quoi se bornent mes exploits amoureux vis-à-vis des Arlésiennes. La foule a manquée (le méridional, selon l'exemple de Tartarin étant davantage d'aplomb pour la bonne volonté que pour l'action) la foule, dis-je, a manquée lyncher les meurtriers emprisonnés à l'hôtel de ville, mais sa représaille a été que tous les Italiens et toutes les Italiennes, y compris les marmots Savoyards, ont dû quitter la ville de force.
Je ne te parlerais pas de cela si ce n'était pour te dire, que j'ai vu le boulevard de cette ville plein de monde réveillé. Et vraiment c'était bien beau.
C'est pour dire que j'espère toujours ne pas travailler pour moi seul, je crois à la nécessité absolue d'un nouvel art de la couleur, du dessin et - de la vie artistique. Et si nous travaillons dans cette foi-là, il me semble qu'il y ait des chances pour que notre espérance ne soit pas vaine.
Tu sauras toujours qu'à la rigueur je suis en état de te faire parvenir des études, seulement pour les rouler c'est encore impossible. Je te serre bien la main. J'écris dimanche à Bernard et à de Lautrec, puisque j'ai formellement promis, je t'enverrai d'ailleurs les lettres. Je regrette bien le cas de Gauguin, surtout parce que sa santé étant ébranlée, il n'a plus un tempérament auquel les épreuves ne puissent faire que du bien, au contraire cela ne fera désormais que l'éreinter, et cela doit le gêner pour travailler. A bientôt,
t. à t. Vincent


At this time, Vincent was 34 year old
Source:
Vincent van Gogh. Letter to Theo van Gogh. Written c. 14 March 1888 in Arles. Translated by Robert Harrison, edited by Robert Harrison, number 469.
URL: http://webexhibits.org/vangogh/letter/18/469-fr.htm.

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